Au XVIe siècle, le site de Terre-Neuve était situé à l’extérieur de la ville fortifiée de Fontenay-le-Comte, dans un quartier appelé « le faubourg du Puit-Saint-Martin ». À cette époque, la ville est la capitale de la province du Bas-Poitou (le département de la Vendée est créé le 26 janvier 1790).
Une métairie (ferme) a été construite sur le site. Aujourd’hui, c’est le bâtiment principal qui se trouve devant vous.
En 1584, le site est acheté par Nicolas Rapin (1535–1608), qui y construit son château. Il ajoute l’aile du bâtiment sur votre gauche. L’architecte n’est pas connu, mais le château conserve un plan en équerre composé de deux corps de bâtiments, dont la bissectrice représente l’axe Nord/Sud.
Nicolas Rapin était poète, juriste et militaire — Grand Prévôt de la Connétablie de France — au service des rois Henri III et Henri IV. Catholique, il demeura fidèle au pouvoir royal face à la Ligue catholique et coécrivit la Satire Ménippée (1593). En récompense, Henri IV lui accorda des lettres d’anoblissement en octobre 1590.
À sa mort en 1608, une longue guerre de succession laissa la famille ruinée un siècle plus tard. En 1701, le château fut racheté par des prêtres lazaristes de l’ordre de la Mission, qui y ajoutèrent une chapelle avec clocher, cultivèrent les vignes et fabriquèrent du vin de messe. Ils quittèrent les lieux en décembre 1792, à la veille de la Révolution.
Saisi comme bien national en janvier 1793, le château servit d’abord à enfermer des prêtres réfractaires, puis d’hôpital militaire — ce qui lui valut d’être épargné des destructions des Guerres de Vendée.
En 1805, Claude Tendron de Vassé, maire de Fontenay-le-Comte et député de Vendée, rachète Terre-Neuve. Ses descendants l’habitent encore aujourd’hui. Il planta les deux grands cèdres qui ont 220 ans en 2025.
En 1848, son petit-fils Octave de Rochebrune (1824–1900) hérite du château. Dessinateur, graveur, architecte, archéologue, collectionneur et maire de Fontenay-le-Comte, il restaure le château dans le style Renaissance et harmonise les façades, notamment en plaçant les six fenêtres de l’aile droite en miroir de celles de l’aile gauche.
Octave de Rochebrune sauva également de nombreux éléments d’autres châteaux, dont le château de Coulonges-sur-l’Autize, vendu pièce par pièce par Tiburce Sauvé. Le porche dorique grec provient de Coulonges.
- « Certum Voto Pete Finem » — « Bornez sagement vos désirs » (devise de Nicolas Rapin)
- « Virtus Labor » — « Par la vertu et le travail » (devise d’Octave de Rochebrune)
- « Potius Mori Quam Foedari » — « Plutôt la mort que la souillure » (devise des ducs de Bretagne)
Les neuf statues de la façade représentent les Muses de la mythologie grecque, filles de Zeus et de Mnémosyne. Datant du XVIIIe siècle, en terre cuite, elles furent rapportées d’Italie par Octave de Rochebrune. Les originaux se trouvent à l’entrée du musée ; les copies en pierre ont été sculptées par Edmond Fain (2004–2011).
— Inscription de Nicolas Rapin au-dessus de la porte d’entrée
Sous cette inscription, une phrase en grec signifie « Loin de Zeus et de son foudre » — protection symbolique du château contre la foudre.
Au XVIIIe siècle, cette pièce était la chapelle des prêtres lazaristes. C’est Octave de Rochebrune qui lui donna son aspect actuel.
La grande cheminée au fond provient du château de Coulonges. Étudiée au début du XXe siècle par Fulcanelli dans son livre Les Demeures philosophales, il la qualifie de cheminée alchimique : ses bas-reliefs cacheraient les secrets de la pierre philosophale.
- Panneau gauche : une rose (pierre philosophale) au centre d’une croix (lumière manifestée), avec têtes d’enfant et de vieillard (immortalité)
- Panneau central : deux gnomes (soufre et mercure) encadrant un blason au chiffre 4 (équilibre, clé de la formule) avec trois étoiles (étapes du grand œuvre)
- Panneau droit : un médaillon de fruits, légumes et blé (corps naissant qui se nourrit)
Treize soleils dorés à la feuille d’or ornent les murs. Ils se trouvaient sur les volets intérieurs de la chambre de Louis XIV à Chambord. Louis XV les offrit au Maréchal de Saxe qui rénova le château ; les soleils finirent dans les greniers. Octave de Rochebrune les obtint en cadeau du Comte de Chambord, Henri d’Artois, son ami royaliste.
Le fronton de scène provient également de Chambord (1860) — il avait servi pour la première représentation du Bourgeois Gentilhomme de Molière en 1670.
- Grand tableau de gauche : Molière et sa femme Armande en personnages de La Princesse d’Élide, possiblement signé par l’un des frères Mignard
- Portrait à droite : Anne d’Autriche ou la Grande Mademoiselle (Anne Marie Louise d’Orléans) en Diane chasseresse
- Autre portrait : Hortense Mancini, duchesse de la Mailleraye, nièce du cardinal Mazarin
- Huile sur panneau : l’arrière-grand-père d’Octave de Rochebrune, page puis mousquetaire sous Louis XV
- Dessin : La Mort de César de Vincenzo Camuccini
- Deux fauteuils style Louis XV (pieds légèrement courbés)
- Mobilier Louis XVI (pieds droits cannelés), époque Napoléon III
- Tapis d’Aubusson, époque Napoléon III
- Petit bureau décoré de laque chinoise, époque Louis XV
- Lustre en cristal de Baccarat, XIXe siècle
- Table de jeu de tric-trac (ancêtre du backgammon), XIXe siècle
« Le jeu n’en vaut pas la chandelle » — les joueurs du XVIe siècle jouaient à la bougie, objet de luxe. Quand la chance tournait, certains n’avaient plus les fonds pour la payer. L’expression date de cette époque.
Un portrait de Nicolas Rapin, premier propriétaire du château, accueille les visiteurs. C’est une copie ; l’original est conservé au musée de Fontenay-le-Comte. Bien que catholique, il porte un collet et des vêtements noirs caractéristiques de l’habillement protestant.
- Portrait d’Amédée de Guillaume de Rochebrune, père d’Octave. Contraint de fuir la Révolution en Autriche, il devint enfant soldat à 7 ans, servit l’armée de Napoléon Ier, et finit sa carrière à Fontenay-le-Comte où il épousa la fille du propriétaire du château.
- Deux tableaux d’Henry du Fontenioux (petit-fils d’Octave) : en civil et en poilu de la Première Guerre Mondiale
- Carte des soldats français de la Première Guerre Mondiale (la Vendée n’y est pas au bon endroit)
- Paysage pastoral des XVIIe–XVIIIe siècles par Adriaen Cornelius Beeldemaker
- Deux scènes maritimes de nuit, probablement de Joseph Vernet (XVIIIe siècle)
- Portrait du duc de Lorges, maréchal de France sous Louis XIV
- Mortiers et clés du XIVe au XVIIIe siècle (collection d’Henri du Fontenioux). L’un des mortiers est attribué à Benvenuto Cellini, orfèvre italien du XVIe siècle.
- Clés de mariage : offertes par l’époux à sa femme le jour des noces, elles n’ouvraient pas les portes mais des coffres ou armoires.
- Maquette du bateau Le Mirage, projet de Louis XIV jamais réalisé (trop coûteux)
- Lion en bronze par le sculpteur Antoine-Louis Barye (XIXe siècle)
- Porter Chair du XIXe siècle (fauteuil de concierge pour l’accueil des invités, protégé de la pluie)
- Paravent représentant Qianlong, empereur chinois (1711–1799)
À l’époque d’Octave de Rochebrune, cette pièce était sa salle à manger. Les fenêtres comportaient des vitraux (conservés au Mémorial de Vendée) et les murs étaient couverts de tapisseries. Aujourd’hui, l’atmosphère est féminine et florale.
- Mur gauche : armoiries d’Octave de Rochebrune (étoiles et lune) et de son épouse Alix Grelier du Fougeroux (deux fleurs et fleur de lys)
- Au-dessus de la porte gauche : armoiries des Poignand du Fontenioux (deux lions et deux porcs-épics)
- Au-dessus de la porte droite : blason de Jeanne Lair, épouse d’Henry du Fontenioux (deux fleurs et deux étoiles)
- Portrait pastel de la grand-mère du propriétaire actuel, Marie-Aymée de Suyrot du Chaffault (descendante directe de l’amiral du Chaffault)
- Portraits des enfants de la famille du Fontenioux : Xavier, Henri, Guillaume, Alain
- Portrait de Louis XVI (dessin noir et blanc)
- Bureau à cylindre du XVIIIe siècle utilisé par l’écrivain George Simenon, qui vécut au château de 1940 à 1942 et y écrivit huit romans dont Le Fils Cardinaud
- Deux « porte-oignons » du XVIIIe siècle (ancêtres de la montre à gousset)
- Fauteuil « dormeuse » de style Louis XVI : les dames aux coiffures élaborées (5–10 kg, jusqu’à 1,30 m de haut) y passaient la nuit pour ne pas défaire leur coiffure
- Table de bouillotte du XVIIIe siècle (ancêtre du poker)
- Piano forte de Josephus Zimmermann (ancêtre du piano moderne), avec mandoline sur le dessus
- Harpe fabriquée par Pierre Krupp, fin XVIIIe siècle
- Table de barbier avec miroir, plaque de marbre et tiroir à ressort sécurisé (tiroir du rasoir)
Sur la fenêtre et la porte : les vitraux qui se trouvaient dans la salle à manger d’Octave de Rochebrune. Dessinés et signés par lui, réalisés par l’atelier Meuret-Lemoine à Nantes en 1875. Les mots sont extraits d’un poème de Nicolas Rapin, Les Plaisirs du Gentilhomme champêtre.
Les armoiries d’Octave de Rochebrune et celles d’Alix Grelier du Fougeroux y figurent. Les fontaines représentées rappellent les boiseries du Petit Salon.
Dans la vitrine : le sabre du grand-père d’Alix, lieutenant vendéen pendant les Guerres de Vendée, accompagné de sa lettre de prise de fonctions.
Au-dessus des bibliothèques : deux gravures à l’eau-forte d’Octave de Rochebrune représentant le château de Chambord et Notre-Dame de Paris.
Restaurée en 2019 par les propriétaires actuels, la cuisine retrouve l’aspect qu’elle avait sous Octave de Rochebrune. Les travaux ont révélé un four à pain datant de l’époque des prêtres lazaristes, dissimulé à l’arrière de la cheminée.
Le fourneau est un modèle « Châtelaine » de la marque Godin, fabriqué à Guise dans l’Aisne dans les années 1960. À droite, un four à bois pour chauffer la pièce.
Autour : cuivres, cuillères en laiton gravées aux initiales des membres de la famille, et porcelaine anglaise en technique hollandaise (bleu de Delft).
Pas de réfrigérateur — inutile en hiver. Pas d’évier dans cette pièce, il se trouve dans la pièce adjacente.
Vous êtes dans l’aile construite sous Nicolas Rapin. Deux coffres et deux portes réalisés par Octave de Rochebrune avec des boiseries de Chambord : le F couronné et la salamandre sont les emblèmes de François Ier. Les coffres renferment des plaques de cuivre pour les gravures d’Octave.
- Deux scènes des Guerres de Vendée : les noyades dans la Loire à Nantes et l’arrestation du duc de Brissac
- Portrait d’Anne Varice de Vallières en nymphe Pomone, signé par Hyacinthe Rigaud (le Louvre en possède une copie, celui-ci est l’original)
- Grand tableau du maréchal Henri Joseph Bouchard d’Esparbès de Lussan, marquis d’Aubeterre, ambassadeur de France à Vienne (1752), Madrid (1756) et au Vatican (1763–1769)
- Médaillon en bronze : profil d’Octave de Rochebrune au-dessus de la porte
La porte de la salle est l’une des trois portes du cabinet de François Ier à Chambord. Il n’en existe que trois dans le monde : au Louvre, à Chambord et à Terre-Neuve.
- Table du XVIe siècle dite « à l’italienne » — l’une des premières tables à rallonge
- Cage à oiseaux sur table des Pays-Bas
- Buffet de style Henri II
- Meuble en noyer hollandais du XVIIIe siècle, remarquable marqueterie, compartiments secrets
Lieu de prière d’Octave de Rochebrune, avec statuettes du Christ, de la Vierge Marie et de deux saints. Les arcades viennent de la chapelle de Coulonges. Les deux caryatides sur l’oratoire représentent son épouse Alix Grelier du Fougeroux et sa fille Elisabeth du Fontenioux — premiers essais de sculpture d’Octave.
Anciens ateliers du château, ces pièces ont été reconstituées par les propriétaires actuels pour montrer le mobilier du bureau et de la chambre d’Octave, qui se trouvent à l’étage et ne sont pas ouverts au public.
Le bureau évoque un cabinet de curiosités. La collection de papillons sur le mur témoigne d’une autre passion d’Octave de Rochebrune.
- Photo d’Octave en tenue de chasse aux papillons
- Dessin du château avant sa restauration (le clocher des prêtres lazaristes et la galerie de Nicolas Rapin y sont visibles)
- Chaise de cigare
- Chinoiseries (la famille du Fontenioux a beaucoup voyagé en Asie)
Le lit personnel d’Octave, dessiné par lui-même et signé d’un « O » et d’un « R » de chaque côté. Il ressemble au lit qu’il dessina aussi pour son ami Henri d’Artois au château de Chambord (classé Monument historique).
Tapisserie du XVIIIe siècle réalisée à Bruxelles, signée « B.B. » (Bruxelles-Brabant). Une autre tapisserie du XVIIe siècle, découverte par hasard dans une grange chez un ami de la famille, avait été utilisée pour couvrir des sacs de pommes de terre.
- Bidet du XVIIIe siècle avec faïences de Rouen
- Buffet de mariage du XVIIIe siècle
- Meuble d’officier anglais de toilettes, début XIXe siècle, sur roulettes (pour dégager la place des canons lors des combats à bord des navires marchands)
À l’époque d’Octave de Rochebrune, cette pièce était son atelier d’artiste. Pour la convertir en salle à manger, il y fit venir des éléments d’autres châteaux.
- Encadrement de la porte : de la chapelle du château de Coulonges (style Renaissance)
- Caissons en pierre au plafond (~95, tous différents) : également de Coulonges, fixés à l’aide de la technique de l’IPN (poutrelles métalliques). En 1873, quatre colonnes en bois furent ajoutées pour soutenir le plafond, coiffées de chapiteaux à feuilles d’acanthe
- Cheminée soutenue par deux chimères : de l’hôtel particulier Gobin à Fontenay-le-Comte, restaurée par Octave qui y ajouta les blasons de Nicolas Rapin et le sien, ainsi qu’un panneau de la fée Mélusine
Fée maudite par sa mère, Mélusine rencontra Raymondin dans la forêt de Coulombiers. Elle accepta de l’épouser à condition qu’il ne la vît jamais le samedi. Poussé par la jalousie de son frère, il brisa sa promesse et la découvrit dans son bain avec une queue de serpent. Trahie, Mélusine s’enfuit par la fenêtre, se transforma en serpent ailé pour l’éternité. Grande bâtisseuse, elle aurait érigé les châteaux de Tiffauges, Pouzauges, Châteaumur, Vouvant et Mervent.
- Grand tableau de l’école Rubens : le festin d’Hérode ordonnant la décapitation de saint Jean-Baptiste
- De chaque côté de la porte : directeur/armateur de la Compagnie des Indes néerlandaises et sa femme
- Deux buffets/crédences du XVIIe siècle (l’un présente les quatre vertus cardinales et David tenant la tête de Goliath)
- Fauteuils « Caqueteuses » (pour les dames de compagnie), dossier ouvert, placés près de la cheminée
- Chaises en cuir de Cordoue autour de la table
- Vitrine avec marqueteries hollandaises du XVIIIe siècle et porcelaines de la Compagnie des Indes orientales
- Deux chandeliers en bronze argenté d’Espagne, XIXe siècle
- Vitraux de l’atelier Lobin à Tours
- Parquet dessiné et signé par Octave de Rochebrune (toutes les techniques de pose de l’époque y sont utilisées)
La voûte d’ogive octopartite (divisée en 8 par des liernes partant de la clef de voûte) provient du château de Coulonges. Deux presses à imprimer se trouvaient entre les colonnes.
- 1. Une plaque de cuivre est couverte d’un vernis enfumé (noirci)
- 2. Le graveur entaille le vernis avec une pointe pour dessiner
- 3. La plaque est plongée dans l’acide (aquafortis) qui ronge les parties non protégées
- 4. La plaque est encrée puis essuyée au chiffon de mousseline et à la paume, ne laissant l’encre que dans les creux
- 5. Une feuille de papier humidifié est pressée sur la plaque, récupérant l’encre des creux
Autodidacte avec seulement deux manuels, Octave de Rochebrune réalisa plus de 500 gravures en 40 ans, valorisant les monuments historiques de sa région. Il écrivit son autobiographie : Comment je deviens aquafortiste.
Les plaques originales sont classées Monuments Historiques. La table centrale est celle sur laquelle George Simenon travaillait dans cette salle, remise à sa place après découverte d’une photographie en témoignant.
Superficie totale : 10–11 hectares (7 jardins + 3 au niveau du château)
8 générations de propriétaires successifs
Château ouvert à la visite guidée depuis 1974
11 pièces au rez-de-chaussée, une trentaine au total
